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Critique du film : Docteur Mabuse le joueur [1924], par Bastien L.

Avis critique rédigé par Bastien L. le vendredi 12 mars 2021 à 09h00

Un oeuvre captivante si je ne Mabuse

Critique de la version restaurée en 2000 par la fondation Murnau disposant d'une bande-originale totalement inédite.

Fritz Lang (1890-1970) est assurément un des géants du cinéma ainsi qu'un de ses artisans les plus éclectiques. Il s'est fait connaître durant l'entre-deux-guerres à la croisée du muet et du parlant avec notamment un pic artistique lors des années 1920 lorsque le cinéma expressionniste allemand dominait le monde...

Parmi les films les plus importants de la filmographie de Fritz Lang figure Docteur Mabuse le joueur qui est avant-tout l'oeuvre d'un trio de grands noms du cinéma qu'on retrouve dérrière de grands succès artistiques et/ou publics des années 1920. Outre Fritz Lang (scénariste et réalisateur) on retrouve au scénario sa future femme Thea von Harbou et le producteur le plus influant de l'époque, Erich Pommer. Un trio qui fut derrière (individuellement ou ensemble) un nombre incalculable de classiques du cinéma muet et qu'on retrouve plus tard sur Métropolis (1927) pour ne citer qu'une production les réunissant tous les trois. A l'époque de Docteur Mabuse le joueur, Fritz Lang et Pommer travaillent ensemble depuis 1919 à travers plusieurs projets dont le film de gangsters en deux parties Les Araignées partageant beaucoup de similitudes avec l’œuvre iconique en préparation. Docteur Mabuse est à l'origine un roman-feuilleton écrit par Norbert Jacques dont les droits sont récupérés au moment de sa parution permettant la mise en place d'un marketting innovant pour l'époque et devenu la norme depuis. Cette histoire d'un génie du crime hypnotiseur est adaptée par Lang et von Harbou (qui vient d'adapter Le Fantôme pour Murnau) et divisée en deux parties pour une sortie (en deux fois donc) au printemps 1922 en Allemagne et en un seul morceau chez nous 5 ans plus tard.

Film contemporain, Docteur Mabuse le joueur se déroule à Berlin alors qu'un criminel mystérieux perpétue des coups audacieux sans toujours que l'on sache qu'il y a eu une quelconque intervention criminelle. Derrière ces méfaits se cache le Docteur Mabuse (Rudolf Klein-Rogge) psychologue de renom aux yeux de la société et cerveau du crime dont l'identité est seulement connue de sa bande. Véritable génie, maître du déguisement et maîtrisant des pouvoirs d'hypnose confinant à la télépathie, Mabuse s'enrichit de différentes manières ayant toujours un coup d'avance sur tout le monde. Le film démarre quand Mabuse fait dérober puis réapparaître des contrats commerciaux très importants lui permettant de jouer avec les changements de valeur d'actions en bourse. Mabuse fréquente aussi les tables de jeu plus ou moins clandestines avec un déguisement où il hypnotise des fortunés afin qu'ils contactent des dettes de jeu à son encontre. On suit par ailleurs la déchéance et la recherche de réponses d'une de ses récentes cibles, le jeune héritier Edgar Hull (Paul Richter) qui ne comprend pas comment il a pu perdre aussi gros. Il est aidé dans sa quête par la danseuse exotique Cara Carozza (Aud Egede Nissen) qu'il vient de rencontrer. Hull reçoit aussi la visite du perspicace procureur von Wenk (Bernhard Goetzke) conscient qu'un mystérieux criminel est derrière beaucoup d'affaires de ce style. Commençant à écumer les lieux clandestins de la ville, von Wenk rencontre la comtesse Told (Gertrude Welcker) lui servant un peu de guide histoire de remettre un peu d'excitation dans sa vie un peu monotone auprès de son époux (Alfred Abel).

Sans remettre en cause le statut d’œuvre aussi culte que fondamentale de ce film, il faut quand même avouer qu'une production muette de 4h30 datant de 1922 n'est pas des plus aisées à visionner... Ce n'est que mon point de vu, mais il faut quand même un minimum d'abnégation pour se lancer dans ce voyage qui vaut pourtant le détour ! Alors certes on peut parfois décrocher et trouver le temps long avec des péripéties forcées et le fait de patiemment attendre les intertitres en voyant les acteurs en pleine conversation. Bref, Docteur Mabuse le joueur est un voyage dans le passé vraiment passionnant la plupart du temps mais il faut savoir se montrer patient. De plus que le scénario est finalement assez rythmé avec de nombreux rebondissements comme des péripéties démontrant les talents maléfiques de Mabuse ainsi que des surprises concernant le destin de beaucoup de personnages dont les alliances comme le statut de « héros du film » sont finalement assez précaires. On ressent bien que le scénario est tiré d'un roman-feuilleton. Un des grands intérêt du film vient de son personnage-titre, génie du mal et sorte de croisement entre le Docteur Caligari pour l'hypnose et Fantomas pour les déguisements. Cet homme dont les motivations de richesse et de contrôle ne sont jamais expliquées fascine surtout quand il affronte von Wenk, le seul étant capable de l'égaler.

Là où le film surprend le plus c'est dans son mélange des genres cinématographiques qu'il propose tout comme ses différents thèmes abordés. Le côté science-fiction/fantastique n'est jamais clairement défini si ce n'est que Mabuse peut hypnotiser ses victimes afin de les contrôler de manière plus ou moins forte. Il peut aussi leur imposer des illusions le rendant encore plus fascinant. Comme il a été dit, le film s'inspire des romans-feuilletons mais aussi du spiritisme grandement à la mode à cette époque puisque le film propose des scènes nous y plongeant directement. Mais il s'agit aussi d'un film de gangsters, d'un drame et d'un thriller selon les moments et les personnages. En 4h30, il est évident que le film est riche de ce point de vue avec une fin inspirée des western comme des films de guerre. Parmi les thèmes abordés, il faut évidemment se plonger dans le contexte allemand de l'époque où la République de Weimar survit comme elle peut entre les conséquences du traité de Versailles et les coups de forces tentés par la gauche comme la droite. Ainsi, le film peut présenter Mabuse comme un danger visant à contrôler le peuple sous les yeux de bourgeois rendu insouciants et négligeant par leur richesse. Des foules par ailleurs facilement manipulables comme le montre plusieurs scènes. Fritz Lang a reconnu s'être inspiré des théories de Nietzsche faisant de Mabuse un surhomme maléfique. D'autres thèmes sont abordés comme l'amour qui peut être aussi destructeur qu'impossible à contrôler sans oublier la folie créée par l'argent (son abondance comme son absence)... Comme souvent avec le cinéma de Fritz Lang, le divertissement cache énormément de réflexions sous-jacentes.

Ce qui fait la force du film c'est aussi la qualité de sa production. L'adaptation concoctée par Lang et von Harbou replace l'intrigue dans un Berlin très urbanisé alors que le roman se déroulait dans un contexte plus provincial. Cela permet d'enchaîner des décors assez impressionnants comme la folie de la bourse, l’opulence des grands restaurants, la bizarrerie des clubs clandestins et les repaires mystérieux de Mabuse. L'action est aussi bien mise en scène avec des poursuites en voiture, des fusillades et quelques effets spéciaux dont le charme désuet fonctionne parfaitement que cela soit de simples explosions ou des intertitres écrits directement sur la pellicule. On sent que les équipes au service d'Erich Pommer et de Fritz Lang maîtrisaient parfaitement tous les trucages inventés par Georges Méliès deux décennies auparavant. Le travail le plus impressionnant reste celui effectué sur le maquillage afin de donner vie aux déguisements de Mabuse grâce à une excellente prouesse : transformer le personnage tout en le laissant reconnaissable pour le spectateur. Ce qui est aussi intéressant avec ce film c'est sa relation avec le mouvement expressionniste explosant au même moment. N'en faisant clairement pas partie, on le sent quand même poindre par moment que cela soit dans le jeu des comédiens, dans le fait que les époux Told soient amateurs du mouvement décorant leur demeure en conséquences, dans d'autres décors comme dans les tous derniers instants assez spéciaux du film.

Visionner ce film du début des années 1920 c'est aussi voir comment la grammaire du cinéma telle qu'on la connaît aujourd'hui est déjà quasiment inchangée depuis Fritz Lang. On sent par ailleurs l'évolution avec Le Cabinet du docteur Caligari sorti deux ans plus tôt et beaucoup plus figé dans sa mise en scène. Lang est plus ambitieux avec une narration plus hachée riche en flash-back et la volonté d'offrir plusieurs angles de caméra dans ses scènes. Il sait rendre son récit palpitant dont le rythme n'est finalement ralentie que par les contraintes du muet (dialogues « dans le vide », intertitres...). Mais le plus fascinant reste de voir à quel point Lang est à l'aise dans tous les genres qu'aborde son film donnant à chaque fois une couleur différente à sa mise en scène. Il multiplie les cadrages serrés sur Mabuse pour rendre justice à sa puissance tout en sachant faire preuve de distance dans les moments où il doit évoquer la mort. On se demande vraiment ce qu'aurait donné un film de Fritz Lang si ce génie avait pu avoir accès aux technologies de notre époque... Pour ce qui est du casting, évidemment qu'une grande partie de la qualité du film vient de Rudolf Klein-Rogge (Les trois lumières, Le Cabinet du docteur Caligari...) hypnotisant, sans mauvais jeu de mot, en Mabuse et toujours très crédible dans ses déguisements où il incarne d'autres personnalités en faisant transparaître la malice de son personnage. Face à lui, Bernhard Goetzke (Furcht, Les trois lumières...) imprime une conviction captivante à son von Wenk rivalisant sans peine avec son ennemi. Les premiers rôles féminins sont tout aussi convaincants entre Aud Egede-Nissen (Homunculus, Le Fantôme...) bouleversante en Cara Carozza et Gertrude Welcker (L'émeraude fatale, Lady Hamilton...) démontrant toute la palette de son jeu avec une comtesse Told passant par toutes les émotions. On mettra aussi en avant le numéro pathétique et touchant de Alfred Abel (La Terre qui flambe, Le Fantôme...) en mari abandonné.

La conclusion de à propos du Film : Docteur Mabuse le joueur [1924]

Auteur Bastien L.
72

La note accompagnant cette critique ne s'explique que par un plaisir personnel de visionnage. Si on sent quand même le poids des décennies et le rythme lent des 4h30, Docteur Mabuse le joueur n'en est pas moins une œuvre fascinante à bien des égards. On assiste à la démonstration d'un grand nom de la mise en scène tant Fritz Lang est inspiré. Le tout accompagné par des acteurs phénoménaux et une qualité de production incroyable pour l'époque. Sans oublier une intrigue généreuse en rebondissements et suspense n'oubliant jamais de nous faire réfléchir. Un brillant témoin de la grandeur du cinéma allemand des années 1920.

On a aimé

  • Fritz Lang, génie du cinéma muet
  • Un scénario riche en rebondissements avec des thèmes forts bien abordés
  • Le casting

On a moins bien aimé

  • Un film muet de 4h30 qui a pris son coup de vieux
  • Un rythme parfois lent
  • Forcément dépassé de nos jours

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