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Critique du film d'animation : Merlin l'enchanteur [1964], par Bastien L.

Avis critique rédigé par Bastien L. le mercredi 22 décembre 2021 à 09h00

Un vieil enchantement

Critique de la version française

Les Légendes arthuriennes ont été tellement adaptées à toutes les sauces et par tous les médias qu'il était logique que Disney propose un jour sa version notamment via Merlin l'enchanteur en 1963.

Comme souvent, le dessin animée produit par Walt Disney dans ses studios californiens est une adaptation. Il s'agit ici de l’œuvre de T.H. White, Excalibur, l'épée dans la pierre, qui raconte la jeunesse d'Arthur ayant pour tuteur Merlin plus enclin à lui ouvrir l'esprit que de simplement en faire un guerrier. Disney sécurisa les droits en 1939 (soit juste après l'écriture du roman) mais dû mettre en pause ce projet à cause de la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, le projet connu des développements timides car d'autres projets lui grillaient la priorité avant d'être vraiment lancé à la fin des années 1950. Une époque où les fonds dédiés à l'animation devenaient moins important pour Disney qui va ralentir sa production de tels films jugés moins rentables que les films en prise de vue réelle, la télévision et surtout les parcs d'attraction... On retrouve quand même à la barre de ce projet des grandes pointures du studio à savoir l'animation/réalisateur Wolfgang Reitherman ayant déjà occupé ce poste sur Les 101 Dalmatiens. On retrouve aussi Bill Peet (présent chez Disney depuis les années 1930) au scénario et quelques-uns des Neufs vieux sages (animateurs stars de la firme aux grandes oreilles) au générique. Le film sortit donc en 1963, un an plus tard chez nous, pour un succès public malgré une critique mitigée.

Le film se déroule en Angleterre au Moyen-Âge alors que le royaume n'a plus de roi suite à la mort du dernier sans successeur désigné. C'est dans ce contexte que l'on fait la connaissance de Merlin l'Enchanteur qui attend dans sa chaumière isolée l'arrivée d'une sorte d'élu. Cette personne est Arthur, surnommé Moustique, qui arrive bien malgré lui chez Merlin en étant ébahi par ses pouvoirs magiques. Merlin lui apprend qu'il veut parfaire son éducation et décide de l'accompagner dans son château où il découvre qu'il est page au service du seigneur Hector qui est en quelques-sortes son père adoptif. Arthur a surtout la volonté de devenir l'écuyer de Kay, le fils d'Hector, alors que Merlin a des projets bien plus importants pour lui. Il va tenter par tous les moyens, principalement magiques, de lui ouvrir les yeux avec l'aide de son hibou parlant nommé Archimède.

Merlin l'enchanteur est dans la lignée des Disney des années 1950-1960 en ce qui concerne son scénario. L'ensemble est assez simple et resserré dans une intrigue s'étalant sur 80 minutes. Il manque ainsi une structure narrative vraiment solide surtout en ce qui concerne les motivations de Merlin que l'on a du mal à cerner dans un long-métrage qui vaut surtout pour ses péripéties. L'exemple le plus frappant est l'absence de véritable antagoniste remplacé par une série d'obstacles qui vont se mettre sur le chemin des héros se terminant par l'iconique Mme Mim. Les péripéties s'apprécient grâce à la magie qui transforme Arthur et Merlin en animaux (poissons, écureuils...) afin que ce dernier lui apprenne quelques leçons. Le principal thème du film est par ailleurs celui de l'éducation, le fait d'avoir une tête bien pleine plus qu'un corps bien fait. L'ouverture d'esprit plus que les muscles. Un message positif, un poil moralisateur, sur l'éducation dans une période de Guerre Froide post-Seconde Guerre mondiale pas illogique. Le film fonctionne comme un bon divertissement familial avec des personnages attachant quand bien même le scénario est bien trop maigre.

Le film joue évidemment sur les références aux Légendes arthuriennes sans qu'elles ne soient néanmoins omniprésentes avec l'aspect médiéval, la destinée d'un jeune orphelin, l'épée dans l'enclume et la nature magique de Merlin. Ce dernier vole ainsi la vedette au jeune garçon de par ses pouvoirs magiques, son excentricité et surtout par le fait qu'il peut voyager dans le temps. Cela apporte un bon aspect comique, somme toute classique, d'un personnage en décalage par rapport aux autres. Le reste de l'humour est assez diversifié offrant beaucoup de sourires à toute la famille. Les meilleurs moments du film sont clairement quand la magie entre en jeu et que les personnages sont transformés en animaux, notamment la séquence sous l'eau. Évidemment tout le monde a en mémoire quand Merlin range ses affaires ou son combat de transformiste avec Mme Mim... Disney nous promet Merlin l'enchanteur et sur ce point on est jamais déçu. On l'est néanmoins un peu plus sur la musique et les chansons loin d'être inoubliables tout en ayant pris un petit coup de vieux. Pourtant le casting français est vraiment bon.

Pour ce qui est de la direction artistique, c'est du Disney très solide avec une approche très classique de l'Occident médiéval. On sent néanmoins le budget moindre alloué au département animation dans les décors qui sont bien moins détaillés ou stylisés que La Belle et le Clochard ou La Belle au bois dormant pour citer des œuvres antérieures. Au second plant, les dessins semblent moins travaillés avec des couleurs débordant souvent de leur cadre. Mais pour ce qui est du premier plan, aucun problème majeur à signaler tant l'animation est fluide et nous impressionne même après autant de temps. Les scènes citées plus haut sont magnifiées par des animateurs au sommet de leur art qui donnent vie à des animaux gardant des personnalités humaines, à l'hibou Archimède, à la barbe de Merlin et autres difficultés qu'ils relèvent haut la main... On sent d'ailleurs la filiation d'un film ancré dans le savoir-faire Disney qui s'inspire de Fantasia (quand Merlin lave la vaisselle) ou d'Alice au pays des merveilles (Madame Mim qui grandit et rapetisse)  et qui influence très certainement Mary Poppins (le sac de Merlin) ou La Belle et la Bête (le sucrier vivant)... Pour ce qui est de la mise en scène de Wolfgang Reitherman, on sent que l'homme est là pour lier le travail des animateurs et demeure un yes-man au service du grand Walt. Bref, de la mise en scène surtout fonctionnelle au service de grandioses numéros d'animateurs très impliqués.

La conclusion de à propos du Film d'animation : Merlin l'enchanteur [1964]

Auteur Bastien L.
72

Merlin l'enchanteur n'est certainement pas le film d'animation Disney le plus mémorable à cause d'une scénario trop faible et d'une qualité visuelle en dessous de ce que la firme aux grandes oreilles a su nous proposer. Il n'en reste pas moins un divertissement très agréable qui offre de beaux moments aussi drôles qu’impressionnants grâce au travail des excellentes équipes d'animateurs des studios Disney.

On a aimé

  • Un divertissement familial de qualité, souvent drôle
  • Les transformations de Merlin et Arthur en animaux
  • Un excellent travail d'animation, notamment le combat final

On a moins bien aimé

  • Un scénario très oubliable
  • Une production Disney de moindre qualité
  • Les musiques

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